Comment trouver du sens dans son travail ?

Comment trouver du sens dans son activité professionnelle ?

Il arrive souvent que les patients ne viennent pas consulter précisément pour le travail, mais que le travail finisse par s’imposer lors des consultations. Un épuisement diffus. Une perte d’élan. Cette phrase qui revient, presque gênée : « Je ne sais plus pourquoi je fais ça. »

 

Le travail occupe en effet une place centrale dans la vie de la plupart d’entre nous. Il structure nos journées, contribue à notre identité, et est souvent une source majeure de satisfaction ou, au contraire, de souffrance.

Trouver du sens dans son travail est devenu une quête importante, notamment face à l’augmentation du stress professionnel, du burn-out, et des reconversions.

Mais que signifie réellement « trouver du sens » dans son activité professionnelle ?

 

Chercher du sens dans son activité professionnelle n’est pas un luxe contemporain ni une lubie de cadres désabusés. C’est une question sociale et profondément humaine. C’est souvent lorsque le sens vacille que la souffrance psychique trouve un terrain pour s’installer.

Le travail, bien plus qu’un simple emploi

Le travail n’est pas seulement une activité rémunérée. Il est un espace où se jouent l’identité, la reconnaissance et le rapport à soi.

Christophe Dejours, psychiatre et psychanalyste français, fondateur de la psychodynamique du travail, l’a montré avec force. En effet, selon lui, travailler, ce n’est jamais appliquer mécaniquement une tâche prescrite. C’est toujours inventer, ajuster, ruser avec le réel. C’est se confronter à ce qui résiste. C’est donc précisément là que peut naître le sens… ou bien qu’il peut disparaître.

Quand le travail permet de mobiliser son intelligence, son expérience, son corps parfois, il devient un lieu de construction subjective. À l’inverse, lorsqu’il empêche d’agir « correctement », selon ses propres critères, il devient source de souffrance.

Le sens ne se décrète pas. Il se vit.

Qu’entend-on par « sens au travail » ?

Le sens au travail est une notion complexe et subjective qui peut se décliner en plusieurs dimensions :

  • → Le sens individuel : le travail comme expression de soi, de ses valeurs, de ses talents.
  • → Le sens collectif : la contribution à un projet commun, à une mission qui dépasse l’individu.
  • → Le sens social : l’utilité sociale ou sociétale de ce que l’on fait.
  • → Le sens existentiel : le travail comme lieu de réalisation personnelle et d’épanouissement.

Trouver du sens, c’est donc ressentir que son activité professionnelle est en cohérence avec qui l’on est et ce que l’on souhaite apporter au monde.

Pourquoi le sens au travail est-il crucial ?

Le manque de sens est un facteur important d’insatisfaction, de stress, voire de burn-out.

  • Un travail dénué de sens est souvent vécu comme aliénant, répétitif et démotivant.
  • À l’inverse, un travail porteur de sens favorise l’engagement, la motivation intrinsèque, la créativité.
  • Le sens agit comme un tampon face au stress : quand on croit en ce que l’on fait, on est plus résilient face aux difficultés.

Quand le travail ne fait plus sens : signaux faibles et alertes cliniques

La perte de sens au travail n’arrive pas toujours brutalement. Elle s’installe souvent à bas bruit.

Fatigue persistante, irritabilité, cynisme, sentiment d’inutilité, voire honte de ce que l’on fait au quotidien. Certains patients parlent d’un décalage grandissant entre ce qu’ils font et ce qu’ils jugent juste. D’autres évoquent un travail « vide », sans prise sur le réel, sans reconnaissance.

 

Yves Clot, professeur de psychologie du travail, insiste sur un point essentiel : ce n’est pas seulement la quantité de travail qui fait souffrir, mais c’est surtout l’empêchement du travail bien fait. Lorsque l’organisation ne permet plus de débattre du métier, de ses critères de qualité, le sens se fissure. Avec lui, le désir d’agir.

Retrouver du sens dans son activité professionnelle : une affaire de subjectivité et de collectif

On entend souvent des injonctions à « se reconnecter à ses valeurs ».
Mais dans la clinique du travail, le sens ne se réduit pas à une introspection individuelle.

Le sens au travail se construit dans l’activité et dans le lien aux autres. Dans les échanges informels, les conflits de métier, les discussions sur ce qui compte vraiment. Yves Clot parle d’ailleurs de dialogue professionnel. Il s’agit d’un espace où l’on peut confronter ses manières de faire, défendre une certaine idée du travail et parfois la transformer.

Retrouver du sens, ce n’est donc pas nécessairement changer de métier. C’est parfois retrouver du pouvoir d’agir à l’intérieur même de son activité.

Cela peut passer par des micro-ajustements, une marge de manœuvre retrouvée, une reconnaissance (de la part de sa hiérachie), même discrète, mais authentique.

Le rôle du psychologue : accueillir, déplier, remettre du mouvement

Accompagner ces questions demande de résister à la tentation des réponses rapides.
Il ne s’agit pas de conseiller, ni d’orienter à tout prix.

Il s’agit d’écouter ce que le travail fait à la personne qui évoque la souffrance au travail et ce qu’elle tente encore de faire avec son travail.

Le récit professionnel devient alors un matériau clinique précieux. Non pour analyser une organisation de l’extérieur, mais pour comprendre comment le patient s’y engage, s’y défend, s’y épuise ou y résiste.

Souvent, derrière une plainte diffuse, se cache un conflit éthique. Une impossibilité à faire un travail dont on puisse être fier.

Remettre du sens, c’est parfois simplement remettre des mots là où tout s’était figé.

Peut-on toujours trouver du sens dans son travail ?

La question mérite d’être posée honnêtement. La réponse n’est pas toujours confortable.

Non, tous les contextes professionnels ne permettent pas de retrouver du sens. Certaines organisations sont tellement contraignantes qu’elles écrasent toute possibilité de subjectivation (La subjectivation désigne le processus par lequel une personne devient sujet de son expérience, c’est-à-dire capable de s’approprier ce qu’elle vit, d’y engager sa pensée, ses affects et ses valeurs, plutôt que de le subir passivement. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de vivre quelque chose, mais de pouvoir dire “je” à partir de ce qui arrive.).

Le reconnaître peut déjà être un soulagement pour les personnes qui s’accusent de ne « pas y arriver ».

Mais dans bien des situations, le sens n’a pas disparu. Il est enfoui. Entravé. Mis sous silence.

Le travail clinique consiste alors à aider à repérer ce qui, malgré tout, continue de compter. Ce à quoi la personne tient encore. Ce qu’elle refuse d’abandonner complètement.

Redonner au travail sa dimension humaine

Dans une société où le travail est souvent réduit à des indicateurs de performance, rappeler sa dimension humaine est un acte presque subversif.

Le sens au travail ne se trouve ni dans des slogans, ni dans des méthodes miracles. Il se construit dans la confrontation au réel, dans la reconnaissance mutuelle, et dans la possibilité de faire un travail que l’on peut défendre.

Comme l’écrit Christophe Dejours, le travail peut être un facteur de santé mentale… à condition qu’il permette au sujet de s’y engager pleinement, sans renier ce qui fait valeur pour lui.

trouver du sens dans son travail

💡 Conseils pratiques pour cultiver le sens au travail

1. Faire le point régulièrement

Prendre le temps d’évaluer son travail, ses ressentis, ses envies.

2. Exprimer ses besoins

Dialoguer avec ses collègues et sa hiérarchie sur ce qui est important pour soi.

3. S’investir dans des projets qui vous passionnent

Même en parallèle ou dans des micro-projets.

4. Chercher un équilibre vie professionnelle/vie personnelle

Pour ne pas perdre de vue ce qui donne du sens en dehors du travail.

5. Accepter l’imperfection

Le sens ne réside pas dans la perfection mais dans l’authenticité.

Pour conclure sur ce sujet du sens au travail

Trouver du sens dans son activité professionnelle est une démarche à la fois intime et sociale, qui demande du temps, de l’écoute et parfois un accompagnement.

La psychothérapie offre des outils précieux pour mieux se connaître, clarifier ses valeurs, dépasser ses blocages, et construire un parcours professionnel qui soit à la fois stimulant et porteur de sens.

En définitive, le travail ne doit pas seulement être un moyen de subsistance, mais un espace d’épanouissement et de contribution.

Références bibliographiques

  • Dejours, C. (1993). Travail : usure mentale. Bayard.
  • Dejours, C. (2009). Souffrance en France. Seuil.
  • Clot, Y. (1999). La fonction psychologique du travail. PUF.
  • Clot, Y. (2010). Le travail à cœur. La Découverte.
  • Méda, D. (2010). Le travail. PUF.
  • Dubar, C. (2015). La socialisation. Armand Colin.
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