Ce que j’aimerais vivre en thérapie…
et ce qu’est vraiment le travail en thérapie
Beaucoup de personnes arrivent en thérapie avec cette attente, parfois silencieuse : je souffre, je consulte et je vais enfin aller mieux.
Cet espoir est légitime. Il est même souvent ce qui permet de faire le premier pas.
Mais le travail thérapeutique ne se déroule presque jamais de façon linéaire. Il est fait de prises de conscience, de remous, de retours à des schémas connus et de moments où l’on a l’impression de ne pas avancer.
Cet article propose de mettre des mots sur ce décalage entre ce que l’on aimerait vivre en thérapie et ce que l’on traverse réellement, afin de mieux comprendre le sens de ces mouvements et ce qu’ils permettent, à long terme.
Ce que l’on espère quand on commence une thérapie
Beaucoup de personnes arrivent en thérapie avec cette idée, parfois formulée clairement, parfois à peine consciente :
« Je souffre, je consulte, je vais mieux »
C’est compréhensible. Quand on a mal psychiquement, quand l’anxiété prend trop de place, quand la tristesse s’installe, quand les mêmes difficultés relationnelles se répètent encore et encore, on aspire à un soulagement. À un avant et un après. À une ligne droite.
Et pourtant… la thérapie ne se déroule presque jamais comme cela.
Une équation rassurante, presque logique : il y a un problème, il y a un professionnel, donc il y aura une solution.
Beaucoup de patients arrivent avec cette attente implicite, parfois sans même la formuler. Ils espèrent comprendre rapidement ce qui ne va pas, trouver la cause, le déclic et sentir un soulagement durable s’installer.
Et quand ce soulagement tarde à venir, le doute s’invite.
Le désir d’un soulagement rapide est légitime
Quand on va mal, on n’a pas envie que ça dure.
On n’a pas envie d’explorer longtemps, de remuer, de revenir sur des choses douloureuses. On veut respirer à nouveau.
Ce désir de mieux-être rapide n’est ni naïf ni excessif. Il est humain.
Mais il se heurte souvent à la nature même du travail thérapeutique.
Pourquoi la thérapie ne suit presque jamais une ligne droite
La réalité du processus thérapeutique
La thérapie n’est pas un traitement qui agit de manière mécanique.
C’est un processus vivant, relationnel, parfois imprévisible.
On avance, puis quelque chose résiste.
On comprend, puis une émotion déborde.
On se sent plus solide un temps… avant qu’un ancien schéma ne refasse surface.
On va un peu mieux.
Les anciens schémas reviennent.
On se sent mal, découragé(e), parfois même en échec.
On se comprend mieux.
On a l’impression de revenir à zéro.
Et pourtant… on parvient, petit à petit, à prendre davantage soin de soi.
Tout cela peut être profondément déroutant.
Prendre conscience peut faire plus mal, au moins au début
Mettre des mots sur ce qui faisait mal sans être nommé peut soulager.
Mais cela peut aussi intensifier la douleur, au moins temporairement.
Prendre conscience d’un schéma, d’un fonctionnement, d’une répétition, c’est parfois réaliser à quel point il est ancien, ancré, protecteur à l’origine.
Ce moment-là est rarement confortable.
Quand comprendre ses schémas ne soulage pas immédiatement
Les mécanismes de protection devenus visibles
Vu de l’intérieur, ce mouvement peut être frustrant, parfois décourageant. Beaucoup de patients me disent :
« J’ai l’impression de tourner en rond »
ou encore
« J’étais mieux il y a quelques semaines, pourquoi ça recommence ? »
Ces questions sont légitimes. Et surtout : elles ne signifient pas que la thérapie ne fonctionne pas.
Certains peuvent aussi dire :
« Je comprends ce que je fais, mais ça ne change rien. »
En réalité, ça change déjà quelque chose puisque le mécanisme n’est plus inconscient.
Cependant, le voir à l’œuvre peut être déstabilisant, voire douloureux.
Ce qui protégeait jusque-là devient visible et donc questionnable.
L’inconfort de l’entre-deux : ne plus faire comme avant, sans savoir encore faire autrement
C’est souvent l’une des phases les plus difficiles.
On ne peut plus revenir complètement en arrière, mais on ne sait pas encore comment avancer autrement.
Cet entre-deux donne parfois l’impression d’aller plus mal qu’avant.
En réalité, c’est un passage.
« J’ai l’impression de tourner en rond » : une plainte fréquente en consultation
Ce désagréable sentiment de stagnation ou de régression
Les patients qui pensent tourner en rond (et donc ne pas avancer) peuvent me dire qu’ils ont l’impression de revenir toujours au même point. Autrement dit, ils revivent les mêmes émotions, les mêmes situations, les mêmes réactions.
Comme si tout le travail thérapeutique n’avait servi à rien.
Ce ressenti est fréquent. Il mérite d’être entendu.
Pourquoi ce ressenti ne signifie pas que la thérapie échoue
Avoir l’impression de tourner en rond ne veut pas dire que rien ne bouge.
Cela signifie souvent que le mouvement est moins visible, plus subtil.
Ce qui change ne se situe pas toujours dans ce qui arrive, mais dans la manière de le vivre.
Avant la thérapie, certains mécanismes étaient automatiques. Ils protégeaient, tant bien que mal. On faisait « comme on pouvait ». Mettre de la lumière sur ces schémas (attachement, évitement, exigences excessives, peur de l’abandon, contrôle, culpabilité) peut provoquer une forme de vertige.
On ne peut plus faire comme avant.
Mais on ne sait pas encore faire autrement de manière stable.
C’est un entre-deux inconfortable. Une zone floue. Et souvent, une zone émotionnellement chargée.
Le déboulé en danse classique : une métaphore du travail thérapeutique
Tourner sans rester au même endroit
En consultation, j’utilise parfois l’image du déboulé en danse classique.
Pour celles et ceux qui ne connaissent pas : le déboulé est une succession de tours rapides, exécutés en ligne droite. Quand on regarde la danseuse ou le danseur, on a l’impression qu’elle ou il tourne sur elle(lui)-même, encore et encore. Pourtant, elle ou il avance bel et bien.
La thérapie ressemble beaucoup à cela.
Ce qui progresse même quand cela ne se voit pas
On revisite les mêmes thèmes, les mêmes émotions et parfois les mêmes blessures.
Pourtant, quelque chose change. La posture n’est plus la même. Le regard non plus. L’équilibre s’affine. La personne ne se situe plus exactement au même endroit.
Même si ce n’est pas spectaculaire.
Revenir à ses anciens schémas n’est pas revenir au point de départ
Ce qui change dans la manière de vivre ce qui revient
Quand un schéma revient, il ne surgit plus dans le même flou.
Il est reconnu, parfois anticipé, parfois nommé.
La souffrance peut être là, mais elle n’est plus totalement incompréhensible.
« J’ai l’impression de revenir à zéro »… vraiment ?
Ce sentiment revient très souvent. Il mérite d’être entendu avec douceur.
Revenir sur un schéma connu ne signifie pas qu’on n’a rien appris. La différence est parfois subtile, mais elle est réelle :
- → On identifie plus vite ce qui se rejoue
- → On comprend mieux pourquoi ça fait mal
- → On met des mots là où il n’y avait qu’un malaise diffus
- → On se juge (un peu) moins
- → On demande de l’aide plus tôt
Autrement dit, ce n’est pas le même « zéro » qu’avant.
Un « même endroit » qui n’est plus tout à fait le même
On peut avoir l’impression d’être revenu au même endroit, mais avec plus de conscience, plus de ressources, parfois plus de douceur envers soi-même.
Ce n’est pas un retour en arrière.
C’est une autre étape du chemin.
Aller mieux ne signifie pas ne plus jamais aller mal
La fin du fantasme d’un mieux-être définitif
Un autre malentendu fréquent autour de la thérapie concerne l’idée d’un état stable, définitif, sans retour de la souffrance.
- Or, aller mieux psychiquement, ce n’est pas :
- • ne plus jamais douter
- • ne plus jamais avoir peur
- • ne plus jamais être triste ou en colère
- C’est plutôt :
- ⇒ savoir ce qui se passe en soi
- ⇒ reconnaître ses limites
- ⇒ repérer les signaux d’alerte
- ⇒ s’autoriser à ralentir
- ⇒ prendre soin de soi avec plus de justesse
La thérapie ne promet donc pas une vie sans douleur, ni sans rechute émotionnelle.
La thérapie ne supprime pas la vulnérabilité. Elle apprend à vivre avec, sans qu’elle envahisse tout.
Elle permet autre chose : ne plus être seul face à ce qui fait mal.
Apprendre à reconnaître, comprendre et traverser
Aller mieux, c’est souvent apprendre à traverser les moments difficiles autrement.
Avec plus de sens, moins de violence intérieure, plus de capacité à demander de l’aide.
Ce que permet réellement la thérapie
> Mettre du sens là où il n’y avait que de la souffrance
La thérapie ne fait pas disparaître le passé.
Elle permet de le comprendre, de l’intégrer, de ne plus le subir de la même manière.
Mettre du sens, c’est déjà transformer.
> Développer une autre relation à soi
Au fil du travail, quelque chose change dans la manière de se parler, de s’écouter, de se respecter.
Ce changement est souvent discret, mais profondément structurant.
La thérapie est un processus vivant, humain, imparfait
La thérapie est un processus vivant. Il implique des avancées, des pauses, parfois des retours en arrière apparents. C’est précisément cette imperfection qui en fait la richesse.
Si vous êtes en thérapie et que vous avez l’impression de stagner, de régresser ou de « ne pas aller aussi bien que prévu », cela ne veut pas dire que vous échouez. Cela signifie souvent que quelque chose de profond est en train de se transformer.
Comme dans un déboulé, vous tournez peut-être. Mais vous avancez.
Pour conclure, on peut avancer même quand on a l’impression de tourner
En danse classique, le déboulé donne parfois le vertige à celui ou celle qui le regarde. On voit les tours, on croit à la répétition, on pourrait penser que rien ne change. Et pourtant, la danseuse ou le danseur avance, porté(e) par un axe, un rythme, un cadre qui lui permet de ne pas se perdre.
La thérapie ressemble souvent à cela. Elle n’abolit ni les retours en arrière apparents, ni les moments de déséquilibre. Elle offre un espace pour tourner sans se dissoudre, pour traverser ce qui revient, tout en avançant malgré tout.
Parfois, ce dont une personne a besoin, ce n’est pas d’aller mieux tout de suite, mais d’un cadre suffisamment stable pour continuer le mouvement. Un lieu où l’on peut prendre appui, reprendre son souffle, et laisser le processus suivre son cours.
Un cadre où l’on peut tourner, s’arrêter, reprendre et continuer, sans avoir à le faire seul(e).
Commencer une thérapie n’est jamais un geste anodin. Il peut susciter des attentes, des doutes, des peurs aussi. C’est souvent le signe que quelque chose, à l’intérieur, cherche déjà à se dire.
Prendre le temps de réfléchir à cette démarche fait partie du processus. Très souvent, ce temps-là est déjà un premier pas.
Le travail thérapeutique ne se résume pas à des outils ou à des prises de conscience. Il repose avant tout sur une rencontre. Une relation dans laquelle il devient possible de déposer ce qui fait mal, de questionner ce qui se répète, et d’explorer d’autres façons d’être au monde.
Peut-être que, en lisant ces lignes, vous vous êtes reconnu(e) dans ce mouvement fait d’avancées et de retours, d’élans et de découragements.
Peut-être que vous traversez actuellement une période où vous avez l’impression de tourner en rond, sans savoir si cela a du sens.
La thérapie n’est pas un raccourci vers le mieux-être. C’est un espace pour comprendre ce qui se joue, à votre rythme, avec ce que vous êtes aujourd’hui. Un lieu où les détours ont leur place, et où l’on peut, peu à peu, apprendre à prendre soin de soi autrement.


