Je n’ai pas envie de pleurer devant mon psy

Je n'ai pas envie de pleurer devant mon psy

Je n’ai pas envie de pleurer devant mon psy

« Je suis désolé(e)… »

Cette phrase, je l’entends très souvent en consultation. Elle arrive presque toujours au même moment, juste quand les yeux commencent à piquer, que la gorge se serre, que quelque chose monte, que les larmes arrivent. Comme si pleurer était un problème. Comme si c’était un débordement. Comme s’il fallait s’excuser d’être touché.

Pourtant, pleurer en séance est probablement l’une des choses les plus humaines… et les plus utiles.

 

Si vous vous dites que vous n’avez pas envie de pleurer devant votre psy ou que pleurer devant son psy, c’est « trop la honte » ou encore si vous vous demandez si c’est normal de ne pas avoir envie de pleurer devant son psy, cet article est fait pour vous.

Pourquoi a-t-on peur de pleurer devant son psy ?

Beaucoup de patients arrivent avec cette crainte « Je n’ai pas envie de pleurer devant vous. »
Ou encore « J’espère que je ne vais pas craquer. »

Derrière ces phrases, il y a rarement une simple préférence. Il y a souvent une histoire.

En effet, on a appris très tôt à se contenir, à ne pas déranger, à ne pas se laisser déborder par ses émotions, à ne pas « en faire trop ».

Certaines personnes ont grandi dans des environnements où les émotions n’avaient pas vraiment de place. Pleurer pouvait alors être perçu comme une faiblesse, une exagération, voire quelque chose de gênant pour les autres.

Alors on s’est adapté. On a tenu. On a serré les dents. Aujourd’hui encore, même dans un espace sécurisant comme une consultation psychologique, ce réflexe reste présent.

Pleurer devant quelqu’un, surtout quelqu’un que l’on connaît encore peu, peut activer de la gêne… voire de la honte.

En effet, pleurer devant quelqu’un, et encore plus devant quelqu’un que l’on connaît peu, vient toucher quelque chose de très profond. Ce n’est pas seulement une question d’émotion, c’est une question de rapport à soi, aux autres, et à la vulnérabilité.

Avant tout, pleurer expose.
Quand les larmes arrivent, on ne peut plus vraiment contrôler l’image que l’on renvoie. Le visage change, la voix tremble, le corps parle. Pour beaucoup de personnes, cela crée une sensation de mise à nu.

Or, on a souvent appris (explicitement ou non) à maîtriser ce que l’on montre, à être « présentable », « fort(e) », « adapté(e) ». Pleurer vient donc casser cette image.

Ensuite, il y a la question du regard de l’autre.
Quand la personne en face est encore peu connue, il n’y a pas encore de repères solides. On peut se poser plusieurs questions :
Est-ce qu’elle va comprendre ?
Est-ce qu’elle va juger ?
Est-ce que je vais paraître faible ?

Le cerveau, par prudence, préfère éviter ce qui pourrait être socialement risqué. Comme les émotions ont longtemps été associées à quelque chose de négatif (faiblesse, perte de contrôle, etc.), la gêne apparaît très vite.

Il y a aussi une mémoire émotionnelle.
Beaucoup de personnes ont déjà vécu des situations où leurs larmes ont été minimisées (« ce n’est rien »), critiquées (« tu exagères ») ou encore rejetées (« arrête de pleurer »)

Avec le temps, cela peut créer une forme de conditionnement :
pleurer devant quelqu’un = danger relationnel.

Alors même si, rationnellement, on sait que le contexte est différent (comme chez un psychologue), le corps, lui, réagit comme s’il fallait se protéger.

Enfin, la honte apparaît souvent quand on a l’impression de ne pas être « comme il faudrait ».
Si l’on a intégré l’idée que pleurer est un signe de faiblesse ou d’inadaptation, alors le simple fait de pleurer peut suffire à déclencher une auto-critique :
« Je ne devrais pas faire ça / être comme ça. »

Et c’est là que la honte s’installe.

Ce qui est important de comprendre, c’est que cette gêne ou cette honte ne sont pas des signes de fragilité. Elles racontent plutôt une histoire, celle de la manière dont vos émotions ont été accueillies (ou non) dans votre vie.

C’est précisément pour cela que, dans un cadre thérapeutique, ces moments ont autant de valeur.

« Est-ce que les gens pleurent devant vous ? »

C’est une question que l’on me pose souvent.

La réponse est simple : Oui. Très souvent.

Des hommes, des femmes, des personnes très à l’aise à l’extérieur, des personnes qui « gèrent tout » dans leur vie quotidienne.

Les larmes ne sont pas rares en séance. Elles font partie du processus.

Le plus important, c’est qu’elles ne disent rien de négatif sur la personne qui pleure.

Ce que le/la psychologue ne pense pas

Quand les larmes arrivent, beaucoup de patients imaginent ce qui se passe dans la tête du psy.

  • Ils pensent par exemple :
        • « Il/Elle doit se dire que je suis fragile »
        • « Je prends trop de place »
        • « Je lui fais perdre du temps »
        • « Je ne contrôle rien »

Mais en réalité, ce ne sont pas du tout les pensées du psychologue.

Un(e) psychologue n’est pas mal à l’aise face aux larmes. Il/Elle ne se dit pas que vous exagérez. Il/Elle ne pense pas que la séance « dérape ». Surtout, il/elle ne considère jamais que c’est du temps perdu.

Ce que le psychologue pense vraiment

Quand vous pleurez devant votre psychologue, vous imaginez peut-être qu’il/elle analyse, qu’il/elle juge, ou qu’il/elle se fait une idée sur vous. En réalité, ce qui se passe dans sa tête est généralement beaucoup plus simple… et beaucoup plus bienveillant.

Quand un patient pleure, le regard du psychologue est souvent tout autre.

Il peut se dire que quelque chose d’important est en train de se passer, que la personne se sent suffisamment en sécurité pour ne plus tout retenir, que ses défenses commencent à s’assouplir.

Les larmes sont souvent le signe que l’on touche quelque chose de vrai, quelque chose qui n’était peut-être pas accessible autrement.

Un(e) psychologue peut également être attentif à ce que disent ces larmes :

  • À quel moment arrivent-elles ?
  • Qu’est-ce qui vient d’être évoqué ?
  • Est-ce une tristesse, un soulagement, une colère retenue ?

Autrement dit, il/elle ne juge pas les larmes, il/elle les écoute.

Il/Elle peut aussi être sensible au fait que vous vous excusez. A ce moment-là, il/elle comprend souvent que pleurer est, pour vous, associé à quelque chose de difficile comme peut-être la peur de déranger, d’être jugé(e), ou de prendre trop de place.

Ces informations deviennent une porte d’entrée précieuse pour le travail.

Enfin, le/la psychologue ne pense pas que la séance est « ratée » ou « perdue ». Au contraire, ce sont souvent des moments très riches, où quelque chose se relâche, se dépose, commence à se transformer.

Si on devait résumer, un(e) psychologue ne regarde pas vos larmes comme un problème, mais comme un langage. Un langage émotionnel, parfois plus juste que les mots. Dans ce langage-là, il n’y a rien à corriger, seulement à accueillir.

Pleurer n’est pas une faiblesse

On associe encore beaucoup les larmes à une forme de fragilité, mais en réalité, pleurer est un mécanisme de régulation.

  • Le corps libère ce qui a été accumulé :
        • • la tension
        • • la tristesse
        • • la fatigue émotionnelle
        • • parfois des mois ou des années de retenue

Pleurer, ce n’est pas s’effondrer, c’est relâcher, c’est un mouvement naturel, presque physiologique.

Certaines personnes repartent d’ailleurs d’une séance en disant : « Je me sens fatiguée… mais soulagée. »

Ce n’est pas un hasard.

« Je n’ai pas envie de perdre le contrôle »

Derrière la peur de pleurer, il y a aussi souvent une autre peur, celle de ne plus s’arrêter. Comme si une fois les larmes enclenchées, tout allait déborder.

En réalité, cela arrive très rarement. Le cadre thérapeutique est justement là pour contenir et pour permettre d’exprimer sans être envahi.

On peut se dire que même quand l’émotion est intense, elle finit toujours par redescendre.

Faut-il se retenir ?

On peut essayer.

Beaucoup de personnes essaient de contenir leurs larmes en séance. Par réflexe. Par pudeur. Par peur aussi.

On ravale.
On détourne le regard.
On change de sujet.
On fait une plaisanterie.
On se reprend très vite.
Et souvent, derrière ce mouvement, il y a une idée bien ancrée :
« Ce n’est pas le bon endroit pour ça. » Ou encore : « Je dois garder le contrôle. »

Pourtant, la thérapie est précisément un espace où vous n’avez pas besoin de faire cet effort-là.

Se retenir de pleurer, ce n’est pas « mal faire ». C’est même compréhensible. Cela fait souvent partie de votre manière de vous protéger, parfois depuis longtemps.

En revanche, se retenir a un effet, celui de maintenir à distance ce que vous ressentez vraiment.

Les larmes ne sont pas un obstacle au travail thérapeutique ; elles en font partie.

Quand elles viennent, elles permettent souvent de relâcher une tension intérieure, d’accéder à des émotions plus profondes, ou encore de dire autrement ce qui est difficile à mettre en mots

Se retenir, à l’inverse, peut garder les choses en surface.

Cela ne veut pas dire qu’il faut « se forcer » à pleurer. La question n’est pas de produire des larmes. La question, c’est plutôt : Est-ce que vous vous autorisez à ressentir ce qui est en train d’arriver ?

Parfois, vous allez pleurer. Parfois non.

Les deux sont justes.
Mais si les larmes montent et que vous essayez immédiatement de les bloquer, cela peut être intéressant d’en parler « Là, j’ai envie de pleurer, mais je me retiens. »
C’est déjà du travail thérapeutique.

Au fond, il ne s’agit pas de savoir s’il faut pleurer ou non, il s’agit de savoir si vous pouvez, petit à petit, arrêter de lutter contre ce que vous ressentez.
Ça, ça se construit.

Se retenir de pleurer peut donc avoir un coût. Cela empêche souvent d’aller au cœur de ce qui fait souffrir. Cela maintient une forme de tension intérieure et cela peut aussi renforcer l’idée que certaines émotions ne devraient pas exister.

Ne vous excusez pas

C’est peut-être le point le plus important.

Vous n’avez pas à vous excuser de pleurer.

Vous ne dérangez pas. Vous ne prenez pas trop de place. Vous ne faites pas « mal » dans votre thérapie.

Au contraire.

Quand les larmes arrivent, elles disent souvent que quelque chose compte, quelque chose est en train de se produire et cela, en thérapie, c’est précieux.

Ce que cela dit de la relation thérapeutique

Pleurer devant son psychologue, ce n’est pas anodin. Cela signifie souvent que vous commencez à vous sentir suffisamment en confiance et que vous pouvez, petit à petit, baisser la garde.

Cette confiance est essentielle, car sans elle, le travail reste en surface.

Si vous avez peur de pleurer en séance

Comme je le précisais plus haut, si vous avez envie de pleurer en séance, vous pouvez en parler.

Dire simplement :
« J’ai peur de pleurer ici. »

C’est déjà un point de départ.

  • Cela permet de comprendre ce que cela représente pour vous :
          • • la peur du jugement
          • • la peur de perdre le contrôle
          • • la peur d’être vulnérable

En somme, tout cela fait partie du travail thérapeutique, puisqu’en thérapie, rien n’est tabou, tout peut se dire.

En résumé

Pleurer en consultation n’a rien d’anormal. Ce n’est ni une faiblesse, ni un échec. C’est souvent un signe que quelque chose d’important est en train de se déposer.

Vous n’avez pas à vous retenir. Vous n’avez surtout pas à vous excuser.

Si les larmes viennent, elles ont leur place et parfois, c’est justement là que le travail commence vraiment.

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