Je vais plus mal depuis que je vais voir un psy : est-ce normal ?
« Je vais plus mal depuis que je vais voir un psy»
La phrase arrive rarement d’un seul bloc. Elle se glisse plutôt entre deux mots, dans une hésitation, dans un regard qui se détourne.
« Je ne sais pas si c’est normal… mais j’ai l’impression d’aller plus mal depuis que j’ai commencé une thérapie. »
Quand on consulte un psychologue, on espère aller mieux. Se sentir apaisé, compris, soulagé. Alors quand l’effet semble inverse, quelque chose vacille. On peut se demander si la thérapie fonctionne vraiment. Ou si l’on est en train de faire une erreur.
Et pourtant, cette expérience d’avoir le sentiment d’aller plus mal en thérapie est loin d’être exceptionnelle.
Quand la thérapie fait remonter ce qui était resté en surface
Avant de commencer une psychothérapie, beaucoup de personnes ont déjà trouvé des manières de tenir, comme continuer à avancer, malgré tout, faire avec et parfois même donner l’impression que « ça va ».
Ces équilibres ne sont pas anodins. Ils reposent souvent sur des ajustements subtils tels que ne pas trop penser à certaines choses, éviter certaines émotions, rester occupé(e), contrôler ce qui peut l’être.
Sauf que… voilà qu’un jour, on commence une thérapie.
Au début, un soulagement est souvent ressenti. Le fait de pouvoir parler librement, d’être écouté sans être interrompu ni jugé ouvre un espace nouveau. Cependant, peu à peu, quelque chose change. La thérapie peut avoir cette vertu de nous faire ralentir… et lorsque l’on ralentir, on s’écoute davantage, on commence à mettre des mots sur ce qui, jusque-là, restait diffus.
Ce mouvement précis peut alors faire remonter des émotions plus intenses que ce que l’on imaginait.
Ce qui était flou devient plus clair. Ce qui était supportable parce que tenu à distance devient plus présent. Une tristesse plus profonde peut alors s’installer. Une colère plus nette peut devenir plus évident à nos yeux. Une peur qu’on n’avait jamais vraiment regardée ne peut plus être niée.
Dans ces moments-là, il est fréquent de se dire :
« Je vais plus mal depuis que je vois mon psy. »
Ressentir plus intensément ne veut pas dire aller plus mal
Il y a une nuance importante mais difficile à percevoir quand on est en plein dedans. Avoir l’impression d’aller plus mal en thérapie, ce n’est pas toujours aller plus mal au sens strict. Au contraire, c’est souvent ressentir de manière plus intense ce qui était déjà là.
Avant, certaines émotions étaient comme mises à distance. Non pas par faiblesse mais parce que cela était nécessaire pour que nous continuions d’avancer, parce qu’il fallait continuer à fonctionner, à avancer, à tenir.
C’est cela que la thérapie vient modifier. Elle propose un espace où l’on peut, progressivement, s’approcher de soi-même autrement. Cependant, cette proximité a un coût émotionnel temporaire. C’est un peu comme ouvrir une porte restée fermée longtemps. Tant qu’elle reste close, tout semble stable, mais dès qu’on l’ouvre, l’air change, l’atmosphère devient plus dense. Cela ne veut pas dire pour autant que la pièce s’est dégradée à cet instant. Cela signifie simplement que l’on commence à voir, à sentir, à être dedans.
« Avant, j’allais mieux » : une impression fréquente
Il arrive souvent que les personnes en thérapie disent :
« Avant, je gérais mieux. »
Cette sensation est réelle. Il n’est pas question de la nier. Cependant, il est important de comprendre qu’avant, les repères étaient différents. Ces repères sont souvent constitués de façons de faire qui permettaient de maintenir un certain équilibre, même si l’équilibre en question était fragile, même s’il demandait beaucoup d’énergie.
Quand ces repères commencent à bouger, un déséquilibre peut apparaître. Les anciennes stratégies se mettent alors à fonctionner moins bien et les nouvelles ne sont pas encore installées. Cela peut donc donner une impression de perte de contrôle, de vulnérabilité accrue, parfois même de régression.
Ce passage est souvent très inconfortable, mais il correspond fréquemment à une phase du processus thérapeutique où quelque choseest en train de se transformer en profondeur.
Douter de sa thérapie fait partie du chemin
Quand on se sent plus mal depuis le début d’une thérapie, le doute n’est jamais très loin.
Il est fréquent (voire légitime parfois) de se demander si le psychologue est le bon, si la méthode qu’il utilise nous convient, si parler de tout cela est réellement utile, ou si, au contraire, cela ne fait qu’aggraver les choses.
Ces questions sont importantes. Elles méritent d’être prises au sérieux.
Elles ne devraient d’ailleurs pas rester en suspens.
Les amener dans la séance, les déposer telles quelles : « je me sens plus mal depuis que je viens », « je me demande si ça m’aide vraiment » fait pleinement partie du travail thérapeutique. Ce sont souvent des moments charnières où la relation peut se réajuster, se clarifier, ou parfois se réorienter.
Une thérapie doit avant tout rester un espace sécurisant
Même si certaines périodes d’une psychothérapie peuvent être plus remuantes, nous devons garder à l’esprit un repère essentiel qu’il ne faut pas perdre de vue : le sentiment de sécurité.
Il n’est pas question ici d’une sécurité parfaite, ni une absence totale d’inconfort, mais plus d’une base suffisamment stable pour pouvoir continuer à explorer sans se sentir submergé(e) ou seul(e).
Si ce sentiment disparaît durablement, si la détresse devient envahissante sans possibilité de l’exprimer ou d’être entendu(e), alors il est important d’oser en parler, de nommer ce qui est en train de se passer pour nous, voire éventuellement, si nécessaire, d’envisager un autre cadre.
Toutes les thérapies ne se ressemblent pas et toutes les relations thérapeutiques ne conviennent pas à tout le monde.
Ce que vous aimeriez vivre en thérapie compte aussi
Dans un autre article, j’évoquais ce que certaines personnes aimeraient profondément vivre en thérapie : se sentir écoutées, comprises, respectées, accueillies telles qu’elles sont.
Quand on a l’impression d’aller plus mal, ces attentes deviennent encore plus importantes. Parce que ce n’est pas seulement le fait que « ça remue » qui compte, mais la manière dont cela est accompagné.
Se sentir soutenu(e) dans ces moments-là peut transformer une expérience difficile en quelque chose de réellement aidant.
Et si aller plus mal faisait partie du processus thérapeutique ?
C’est une idée délicate, parfois difficile à accepter. Pourtant, dans de nombreuses situations, le fait de se sentir plus mal au début d’une thérapie ne signifie pas que celle-ci est inefficace. Cela peut indiquer qu’un travail en profondeur est en train de se faire, comme le fait de sortir de l’évitement, de mettre des mots sur ce qui passe en nous, ou encore de ressentir ce qui avait été mis de côté. Tout cela demande de l’énergie, du temps et peut passer par des phases de déséquilibre.
La thérapie n’est pas une ligne droite vers le mieux-être. Elle ressemble davantage à un chemin fait de mouvements, d’avancées, de doutes, parfois de retours en arrière, avant de trouver un nouvel équilibre plus solide.
Se poser la bonne question
Peut-être que la question n’est pas seulement :
« Est-ce que je vais plus mal depuis que je vois un psy ? »
Mais plutôt :
« Est-ce que je me sens suffisamment en sécurité pour continuer ce travail ? »
Si la réponse est oui, même de façon hésitante, alors il est possible que ce que vous traversez fasse partie d’un processus de changement.
Si la réponse est non, alors cela mérite d’être entendu, respecté, et accompagné autrement.
Dans tous les cas, ce que vous ressentez a du sens et cela mérite d’avoir une place.


