Pourquoi je pense trop ?
Pourquoi je pense trop ?
Beaucoup de patients commencent une séance par une phrase très simple :
« Mon problème, c’est que je pense trop. »
Ils disent cela comme si leur cerveau fonctionnait en permanence à plein régime.
Une situation se produit… et leur esprit continue de tourner autour pendant des heures, parfois pendant des jours.
C’est ainsi qu’une conversation est rejouée mentalement, qu’un message envoyé est analysé mot par mot, qu’une décision est examinée sous tous les angles.
Souvent, la même question revient :
« Pourquoi je n’arrive pas à arrêter de penser ? »
Cette impression de trop penser est ce que l’on appelle en psychologie la rumination mentale.
Quand la pensée devient une boucle
Penser est évidemment une capacité précieuse. Réfléchir permet de comprendre, d’anticiper, de décider. En revanche, la rumination n’est plus vraiment de la réflexion. Il s’agit plutôt d’une pensée qui tourne en boucle.
La personne revient sans cesse sur la même situation, sans parvenir à trouver une issue satisfaisante. Elle examine le passé, imagine des scénarios, analyse des détails. Malgré cela, plus elle réfléchit… plus elle se sent bloquée.
La pensée n’avance plus. Elle répète.
C’est souvent cela qui fatigue le plus, la sensation d’être prisonnier de son propre esprit.
Pourquoi certaines personnes ruminent-elles plus que d’autres ?
Certaines personnes ont naturellement un esprit très actif. Elles observent, analysent, anticipent.
- Mais la rumination apparaît souvent dans des moments où quelque chose crée de l’incertitude.
- Un doute dans une relation.
- Une décision difficile.
- Une peur de faire une erreur.
- Dans ces moments-là, l’esprit cherche une forme de contrôle. De ce fait, il examine toutes les possibilités, comme s’il voulait trouver la réponse parfaite. Cependant, certaines situations n’ont pas de réponse parfaitement rassurante.
Alors, la pensée continue.
Le lien entre rumination et anxiété
La rumination est très souvent liée à l’anxiété.
Lorsqu’une personne est anxieuse, son esprit est constamment en train d’anticiper les problèmes possibles.
- Elle imagine :
- → ce qui pourrait mal se passer
- → ce que les autres pourraient penser
- → les erreurs qui pourraient être commises
Ce mécanisme donne l’impression de préparer l’avenir, alors qu’en réalité, il maintient l’esprit dans une alerte permanente. En effet, plus on rumine, plus l’inquiétude augmente. Et plus l’inquiétude augmente, plus la pensée cherche à analyser. C’est le mécanisme du cercle vicieux qui démarre…
Quand penser devient une façon d’éviter de ressentir
Il arrive aussi que la rumination serve à éviter quelque chose… comme les émotions par exemple…
Certaines émotions sont difficiles à accueillir, comme c’est le cas pour la tristesse, la peur, ou encore la colère.
Penser peut alors devenir une manière de rester « dans la tête » plutôt que dans le ressenti.
En analysant une situation pendant des heures, on évite de reconnaître ce qu’elle provoque réellement.
La pensée prend alors toute la place et l’émotion reste en arrière-plan, bien cachée. Comme si, inconsciemment, cela nous arrangeait bien.
Les signes que vous ruminez trop
- Certaines personnes réalisent qu’elles pensent trop lorsqu’elles observent certains signes :
- • elles rejouent souvent des conversations passées
- • elles imaginent plusieurs scénarios avant de prendre une décision
- • elles analysent longuement le comportement des autres
- • elles ont du mal à « décrocher » mentalement
La rumination est souvent plus intense le soir, lorsque l’esprit n’est plus occupé par les activités de la journée. C’est particulièrement le cas au moment du coucher, lorsque l’on se retrouve « avec soi-même », dans son lit.
C’est donc à ce moment-là que les pensées peuvent devenir particulièrement envahissantes.
Peut-on apprendre à arrêter de ruminer ?
Il est rarement efficace d’essayer simplement de forcer l’esprit à se taire.
La pensée fonctionne rarement ainsi.
Ce qui aide davantage, c’est de comprendre ce que la rumination tente de résoudre. En effet, parfois, elle cherche à éviter une émotion, parfois, elle cherche à se rassurer et enfin d’autres fois, elle exprime un besoin de contrôle.
Lorsque cette fonction devient plus claire, la pensée perd peu à peu son caractère compulsif.
C’est d’ailleurs souvent ce travail qui se fait en thérapie.
Comprendre son fonctionnement mental
La rumination donne souvent l’impression d’être un défaut. En réalité, elle révèle surtout un fonctionnement psychique qui cherche à comprendre et à anticiper.
Lorsque ce mécanisme devient envahissant, il peut transformer chaque situation en problème à résoudre.
Apprendre à reconnaître ces moments où la pensée tourne en boucle est déjà une première étape, parce que comprendre pourquoi l’on pense trop permet parfois, progressivement, de laisser plus d’espace à autre chose comme le ressenti, l’expérience présente… ou encore le silence intérieur.


